Ecrire pour elle

Il est toujours difficile  pour moi de décrire ce que sont les ateliers d’écriture. Tous sont différents, tous sont particuliers, tous sont singuliers. Mais, pour tous, mon désir, mon souhait, mon envie et mon ambition est de créer ces moments où chacun  se révèle auteur avec  cette sensation parfois intense de satisfaction, quelque soit l’écrit qui a pu être rédigé dans la spontanéité. Alors, j’ai proposé aux  participants des ateliers de lui écrire, à elle : l’écriture. Voici donc les textes© qui m’ont été transmis. Catherine Marc

 Ma chère écriture,

Depuis le temps que je voulais prendre la plume, voilà, c’est chose faite. Je me lance.

Tu peux être si surprenante ! Un jour si rayonnante, si éblouissante, si envoûtante, le lendemain, si violente, si inquiétante, si « ulcérante ». J’ai la sensation parfois d’être perdue, comme après un cataclysme. Tu étais si paisible, si tranquille, si généreuse et je te retrouve tout en gravité, tout en tristesse, tout en obscurité. Avoue que tu n’es pas facile à vivre. Amoureuse, tu soulèverais des montagnes, tu sourirais à la vue du plus hideux, tu resterais ébahie devant le plus beau des soleils couchants, tes éclats de rire réveilleraient les plus endormis. Puis, désenchantée, tu tombes dans le chaos, la mollesse sordide, la langueur vide, la tristesse infinie. Chère écriture, je t’admire tant, tu me rends si heureux, si léger, si optimiste, si limpide. Quand je te lis, je me sens apaisé. Tu as le pouvoir de m’ envoûter , me transcender jusqu’à l’extase parfois. Tu peux être si bienveillante. Et puis, ma chère écriture, tu t’emportes, tu débloques, tu sanglotes, tu pustules, tu larmoies, tu pleurniches, tu pessimistes, tu enlaidis, tu rabougris, tu manques d’humour, tu « spleenes ». Alors, tu lasses, tu ennuies, tu ulcères, tu assassines, tu désintéresses. Redeviens vite princesse ou papillon, élégante et enchanteresse, magnifique et lumineuse, superbe et somptueuse. Emmène moi dans les étoiles, embarque moi dans des océans infinis, envole moi dans des contrées lointaines, fait moi rêver jusqu’à l’exceptionnel. Ma fleur de printemps, ma forêt automnale, mon petit oiseau gazouillant, j’espère que ces écrits rencontreront les tiens et te ramèneront sur le chemin du merveilleux. Ton amoureux des mots : Dan

                                                                                                                 Je suis en train de suer comme une désespérée devant la page blanche que je suis censée remplir d’un feu d’artifice d’idées toutes plus originales les unes que les autres. Je me sens sèche, vide et sans larme. L’inspiration qui, d’ordinaire, est une maîtresse bienveillante s’est effondrée et gît dans un coin comme un suaire abandonné. C’est alors qu’un bruit bizarre en provenance d’un angle de mon bureau me fait tourner la tête. Une brume légère s’élève, prenant formes et vie. Une voix rocailleuse murmure : «Je suis l’Écriture! Que me veux-tu ? » Mes yeux écarquillés se posent sur cette vision apocalyptique. C’est fantastique, d’accord, mais je suis dans l’incapacité d’apprécier. Ma raison vacillante décide de ne pas dialoguer avec de la fumée ! Mais puisque cette chose veut « m’entendre », qu’à cela ne tienne, je vais lui écrire. Et c’est ainsi que je me suis retrouvé à faire une lettre à l’écriture :

Chère Écriture,

Entre toi et la Peste Noire, je me demande parfois s’il y a la moindre différence. Tu es là à me regarder sécher lamentablement alors que ta pratique pourrait être enchanteresse. Tu manies l’art des mots et ne pas y souscrire est l’un de nos plus grands maux. Tu dissimules tous les pièges au détour de tes phrases et n’as aucune pitié pour les néophytes. Mais une fois dépassé le côté académique, il reste à appréhender l’essence même de l’écriture, le sens que tu veux donner à un mot, une phrase, un texte. Et là, les choses se corsent ! Je suis en manque, perdue au milieu du blanc de ma page, solitaire dans les affres et les larmes de ce moment de faiblesse. Et tu ne m’aides pas. Tu ricanes, drapée dans ta connaissance, en me susurrant : « regarde la beauté du soleil, le bonheur, le merveilleux… » et moi, je ne vois que le malheur sous la pluie, la tragique cohorte des morts de tout poil, la noirceur des cercueils et la blessure des catastrophes. Toi, l’Écriture, tu as beau jeu de t’esbaudir devant une île paradisiaque, un Noël en guirlandes, un spectacle d’illuminations.

C’est facile pour toi, l’Écriture, de trahir nos ressentis avec des petites phrases au détour d’une désespérance alors que les mots jetés sur cette foutue page blanche ne devrait parler que d’émerveillement, de féerie, de feu d’artifice des sentiments. Je sais, la responsable c’est moi. Moi qui suis incapable de parler du bonheur d’aimer, du ravissement de l’amitié, de l’harmonie, de l’esthétique, de l’éthique tout simplement. Alors l’écrire… ! Mais toi, toi, là dans ton coin, pourquoi ne m’aides-tu pas ? Je t’ai connue emplie de joie, fêtarde, passionnée ! Rappelle toi les beaux textes que j’écrivais lorsque mon stylo dansait sur le papier. Tu étais la septième merveille du monde et moi, je tutoyais l’éternité. Pourquoi as-tu laissé tout cela disparaître ? Il ne reste que des cendres, le drame et l’épreuve dans laquelle je suis enfermée. Et toi, tu t’en fiches… ! On ne se suicide pas avec une feuille de papier et pourtant l’encre jetée dessus a plus de poids que la corde du pendu. Les mots sont tes serviteurs et ta nourriture, la substantifique moelle de ton existence. Et si nous arrêtons d’écrire, tu disparaîtras. AML

Quimper, le 4 septembre 2019

Chère écriture,

Écriture noire, pattes de mouche posées sur les feuilles blanches. Mots dans l’invisibilité du temps, œil silencieux ouvert sur les rêves. Tu m’as manquée cet été. Au bord d’une plage déserte, allongée sur un transat, le sable blond filant entre mes doigts moites, instant paisible dans l’odeur du varech, moment de bonheur dans le silence des vagues. Le ciel, les arbres, la mer tout se faisait écriture, dentelle de lumière éblouissant les yeux sur les feuilles d’arbres, ombres dansantes sur le sable, traces de pas d’oiseaux, écriture ancienne sous un ciel d’aquarelle. Un temps volé à la poussière de l’ennui, tout faisait signe, les souvenirs venant à petits pas s’infiltrer dans un silence méditatif. La prochaine fois que je t’écrirai, je pourrai te dire les longs moments déserts de solitude mais aussi les joies d’un sourire, le rire des enfants. Je te donnerai la recette de la confiture de figues violettes, cueillies au matin, fruits savoureux s’ouvrant sur une chair sucrée, gorgée du suc des abeilles. Trois pots souvenirs de l’été, sur la table de la cuisine. Il est temps de prendre sa plume et de mettre ses chaussons rouges. Anne

Lettre à l’écriture

Je t’ai vue, puis je t’ai lue

Parfum d’amour ou de malheur, au tout début tu m’as fait peur. Souvent souple parfois déliée, tu m’as toujours intriguée. Vite attirée. Par ta beauté et ta clarté, ta lumière ou ta pureté. A moins que ce ne soit tout le contraire. C’est le tragique de tes mœurs quand tu écris affreux, voleur qui riment aussi avec malheur ou bien horreur, qui m’a troublé. Captivé par les démons quand vient minuit sur mon balcon et que je lis l’histoire d’Edmond ou bien d’Yvon, pêcheurs de rêves ou de thons. Obscur ou inquiétant, tu écris langueur et douceur, mais encore haine et laideur. Alors j’ai peur . Mais je suis pris dans tes filets que tes histoires décrivent le « moche », le laid, le beau ou le parfait, l’affreux ou le gai. Quand je suis triste tu me fais rire… Au moins sourire. Oppressé avant d’écrire, après quelques lignes je respire. Puis arrive le désir. De mettre en lumière ce que pourquoi on est sur terre ; le bonheur et le beau, petits instants volés sur l’eau, dans le ciel ou sur un bateau. Il y a dans les yeux qui pétillent vilenie et amertume ensevelies sous des manteaux de douceur et d’harmonie Écriture avec toi on revit . Merci Pas nécessaire d’employer tous les mots pour dire le mauvais et le beau. Écriture c’est bien toi qu’il me faut ! Je l’écris et le crie bien haut. Xavier Lestonan

06/09/2019 Ma chère écriture,

Cela fait plusieurs années que j’espère participer et partager avec d’autres personnes un moment autour d’un atelier d’écriture. J’avais l’espoir, une fois à la retraite de rencontrer quelqu’un qui en animerait un et dans lequel, je me sentirais heureuse et sereine. Un moment de plaisir, de liberté d’écrire dans une ambiance bienveillante et généreuse. Je n’ai pas de projet d’écrire des nouvelles, un roman etc…Je recherche juste à jouir en jouant avec les mots, à m’amuser en me laissant aller à la rêverie, à récolter en moi, les gourmandises dont la vie m’a gâtée. L’écriture s’inscrit dans un cheminement personnel positif et je suis convaincue qu’on ne peut que grandir en se laissant guider par un sentiment d’évasion bienheureux. J’ai le désir d’être surprise de ce que je pourrais découvrir de moi. J’aimerais avec lenteur et sérénité, laisser libre court à mon imagination et sortir des sentiers battus. Je n’ai pas la prétention d’atteindre des sommets mais une petite colline colorée par des arbres chatoyants me procurerait un petit bonheur sage, apaisant et drôle à la fois. L’humour, le rire permettent l’évasion et une nouvelle naissance à soi-même. Trouver les mots justes et laisser danser mon crayon sur le papier généreux pour accueillir ces paroles. S’inventer une autre vie pourquoi pas en rose ou d’autres vies chaudes, sages ou juste authentiques pourraient me mener vers un épanouissement. Ecrire des histoires d’animaux charmants pour apaiser ou faire rire mes petits-enfants, quel enthousiasme pour une grand-mère aimante !Créer des aventures douces et généreuses pour trouver un repos et une détente heureuse !L’atelier d’écriture pourrait remplacer le plaisir d’une bonne glace à la vanille ou d’un morceau de chocolat dégusté, allongée sur une plage de sable chaud juste avant de plonger dans un bain de mer d’une chaleur parfaite. P B

Écriture bien aimée,

Je suis arrivée vers toi couverte de bijoux, bagues, colliers, perles, virevoltant et riant même à gorge déployée, comme on va à une cérémonie de mariage ou à une fête d’anniversaire, espérant partager un bon repas ou le plaisir de rencontres agréables et chaleureuses. Je pensais y trouver cette détente, ce bien-être que me procurent les bains de mer, le soleil, la danse et toutes ces choses aimables et jouissives au goût de miel. J’y ai trouvé ces bonheurs-là et plus encore : le plaisir simple, authentique de l’écoute, la convivialité et la bienveillance  et cette naissance en moi, cette ouverture au désir d’expression, ce bonheur d’entreprendre sereinement le projet enchanté d’écriture, de réussir à profiter des récoltes que la vie m’a données pour en faire une moisson de mots qui s’alignent librement avec plus ou moins d’harmonie. Je te reçois comme un cadeau, un ravissement renouvelé qui m’apporte du rêve, des émotions et me maintient en équilibre dans la chaleur et la lumière douce de cette liberté nouvelle. Tu es une gourmandise, telle le chocolat,que l’on peut croquer paisiblement dans le recueillement, la tranquillité, au milieu d’odeurs agréables et de paysages avenants ou encore avec enthousiasme, en criant ou chantant sa poésie suspendue à un arbre ou en courant avec entrain le long de la rivière. Tu es partout : dans la beauté de la nature, l’amour, l’amitié, dans la rébellion aussi, rébellion comme un agrément coloré à ton existence. Tu es la vie. Ne reste plus qu’à t’attraper et te coucher sur la feuille. Soaz

Chère Écriture,

J’hésite à te dire amie ne sachant pas si tu l’as été et espérant que tu le sois. Je t’ai laissée tomber des marches parisiennes où je me familiarisais à l’écriture pour entreprendre un voyage vers le conte. Pourquoi ? La lenteur, le manque d’entrains confrontés à mes émotions et à la peur du jugement des livres m’ont fait écouter cette petite voix intérieure qui me disait en sourdine : attends. Alors j’ai pris le temps d’enfiler les perles sur le fil des mots afin d’apprécier leur présence et leur générosité. Cahiers, carnets aux pages raturées comblés d’émotions ont été rangés, puis regardés, touchés soupesés, les sentant vivants et ouverts à : « Dis quand éprouveras-tu du bien-être avec nous de nouveau ? »

Question sans réponse Écriture, tu as su rester silencieuse, calme, paisible sur l’étagère de l’harmonie. Peur de la compréhension de l’être, du moi avec moi afin de trouver le ravissement dans le recueillement de l’intime ont crée une béance entre toi et moi. J’ai laissé passer le temps, mis des km entre Paris et la Bretagne, laissé le soleil inonder mes bains de mer où j’ai déposé sur le sable les bijoux de l’enthousiasme. Les fées trolls, lutins mis sur le banc de l’imaginaire avaient pris le relais. T’ai-je trahie Écriture, je ne sais. Tu es là tapie au fond de mon âme pour faire renaître mon désir, mon projet. Mariage difficile tant tu es de qualité virevoltée, tolérante et honnête. Je ne suis que ce petit grain de sable qui se prend pour le désert. La vie s’offre à moi, à nous, ta poésie couchée aux pieds de l’arbre me fait écouter le souffle des consonnes, voyelles pour toucher l’équilibre des mots. Sur l’autel du recevoir je déposerai ta félicité, ton attention et ta patience. Dans le calice des retrouvailles l’amour de la danse et des fêtes joyeuses se baigneront au son des rires de la communication. Écriture m’accepteras-tu, me laisseras tu renouer avec toi le plaisir de retrouver la page blanche plutôt que l’absence des couleurs ? Me feras tu le cadeau de la liberté intérieure et de la moisson des notes germées dans les profondeurs de l’intime ? Ah je t’entends Écriture me dire : « Qu’es tu prête à donner pour récolter les familles de mots où se cache le bonheur de se poser la politesse de l’accueil et les odeurs sensuelles ? » Tu as détourné ton regard de moi et ne t’en veux pas, tu as envie de fêter l’ouverture du cahier du choix du stylo et écrire. Donc écris. Ne crains pas les jugements, sois humble authentique et aimante. Écrire c’est travailler observer noter sentir pour goûter au miel de l’écoute, la tienne, celle des autres. Chaque être est une feuille habitée par une famille, l’individu se reflète dans ses mots joue à cache cache pour goûter à la gourmandise de l’inconnu. Agitée est la page serein est le lecteur. Alors Écriture comme cela tu/je m’autorise à profiter de cet endroit, de ton attention pour projeter l’entente entre le cahier et la plume ? Merci de ta compréhension où je lis optimisme retrouvailles et beauté. M’accompagnent les rires et la joie d’être là assise sur ce banc avec ce petit quelque chose en moi qui pousse, une graine que tu as déposé afin de laisser germer la poésie des maux et surgir le bouquet de la guérison. C’est peut-être ainsi Écriture que se définit l’amitié. Je t’adresse chère amie l’encre d’une semeuse de mots remplis d’espoir. A bientôt  Géraldine

Ma chère écriture,

Je prends ma plume aujourd’hui pour t’écrire un mot. Cela faisait des années que j’y pensais. Depuis ce jour où ma maman a commencé à me chanter la berceuse qui débute par« Au clair de la lune mon ami Pierrot ». Je voulais répondre à toute cette tristesse qui s’était infiltrée en moi après avoir entendu « Ma chandelle est morte ». Comme si tous les malheurs du monde m’était tombé dessus et que l’obscurité envahissait mon corps. C’est tout juste si je n’avais pas senti les larmes de Pierrot se mêler aux miennes ! Comment se fait il qu’on inflige aux enfants dés leur plus jeune age une peine profonde par cette chanson aux allures innocentes. La mort, le deuil et le chagrin qui va avec, évoqué en quelques vers ? N’est ce pas méchant et même pervers de la part des parents pourtant à priori bien intentionnés ? J’ai eu la chance d’avoir une maman qui chantait juste, heureusement ! J’ai pu goûter à l’harmonie de sa voix. Mais qu’en est il des enfants dont les pères et mères chantent faux ou ont une voix rugueuse ? Cela doit être affreux ! Je me demande encore comment je ne suis pas tombée dans une profonde dépression avant même d’être entrée à l’école ! Je crois que je m’accrochais à cette plume que m’avait donnée mon ami Pierrot après mes supplications quotidiennes. J’allais pouvoir écrire un mot ! Quel bonheur se fut de rentrer en classe, à la grande école, pour apprendre à lire et à écrire. J’allais enfin pouvoir me venger de cette violence infligée, de ces terreurs nocturnes provoquées par l’extinction de la chandelle, qui me laissait prostrée et atterrée une partie de la nuit, avant que le sommeil ne me gagne par épuisement. J’allais enfin pouvoir me venger de ce diable horrible, insensible, qui m’enfermait dans une solitude catastrophique, qui m’avait rendue mélancolique. Les débuts furent laborieux, il faut bien le dire. Savoir tenir son crayon, s’appliquer à écrire son prénom tout en restant sur la ligne, en respectant le bon calibrage des lettres, apprendre à décrypter les syllabes, à reproduire des mots puis à les créer. Je dois reconnaître que je m’attendais à savoir lire et écrire dés la porte de l’école franchie ! On m’avait tellement répété que c’était un lieu ou l’on apprenait à lire et à écrire !Je fus un peu déçue qu’il faille en passer par toutes ces étapes. J’étais persuadée que l’on me remettrait la plume magique de mon ami Pierrot, qui me permettrait d’écrire tout ce que j’avais sur le cœur. Il me fallut donc un peu de temps avant de t’apprivoiser un peu, chère écriture ! Petit à petit, je composais des textes. Des poèmes pour ma maman dans un premier temps où il était question d’amour infini, de sourire et d’étoiles magnifiques.Un monde nouveau s’ouvrait devant moi et j’entrapercevais un horizon dégagé , des paysages verdoyants et lumineux. Ce n’est pas tant toi, chère écriture qui me libérait de ma mélancolie enfantine que ton amie la lecture qui m’apportait la légèreté dont j’avais tant besoin . Le beau mariage entre ces deux âmes sœurs, écriture et lecture, auquel j’assistais me révélait un désir ardent, une curiosité pour le monde enfoui en moi. Je me mis à savourer les ouvrages les plus variés de la bibliothèque, rose puis verte puis multicolore de la vie. Quelle ivresse! Quel partage d’émotions et de sensations ! Je dégustais toutes ces histoires, toutes les palettes de sentiments. La lecture me plongeait dans une contemplation éblouissante du monde. Il m’arrivait de sourire ou même de rire aux éclats en lisant. Quel cadeau après toutes ces années grises. Plus jamais je ne me morfondrais dans un abîme de laideur. Toi l’écriture, ma chère, je prenais mon temps pour t’apprivoiser. Tu pouvais être un peu capricieuse. Mais quel plaisir quand tu glissais entre mes doigts pour exposer des sentiments enfouis, pour décrire des sensations provoquées par l’immersion dans la nature ou la confrontation à la vie urbaine, et parfois même pour évoquer l’absolu. Avec la délicatesse des mots et leur précision, la confiance arrive et la rencontre se fait entre l’imaginaire et le concret. Avec toi , chère écriture, c’est l’accomplissement, la quiétude que l’on peut exprimer. Mais parfois aussi, les démons reviennent et tu décris les horreurs, l’indifférence et le mépris. Toi l’écriture, magnifique présent, tu oses tout et moi aussi, grâce à toi. Alors chère écriture, me voici. Après toutes ces années, je voulais te remercier et surtout remercier mon ami Pierrot, qui m’a prêté sa plume. Amitiés Isabelle

J’écris avec mon crayon feutre sur le papier cadeau. Je scotche et colle des photos dans l’agenda du monde et je fais ma liste de courses pour écrire. Aurélien

Chère écriture,
J’espère que tu vas bien et que tu as beau temps. Cela faisait longtemps que je n’avais pas pris de tes nouvelles. J’ai su que tu avais connu la maladie et le malheur et même le syndrome de la page blanche. Tu étais au bord de la dépression et de la mort. On te préférait les jacuzzis, la culture du potager ou les apéros. Pauvre amie, combien de nuits d’insomnie tu as dû traverser. Toi, si familière des joies et des peines des scribouillards, apprentis-écrivains ou écrivains confirmés, tu ne te repaissais plus que de silence et de vide pendant cette période où tu étais remplacée par les écrans chez nombre de tes admirateurs. Tu as gardé ta jeunesse d’esprit et tu as su t’adapter : on écrit toujours, même si le support a changé. Tu as su réussir ta conversion numérique. Sache qu’il se compte encore bon nombre d’adeptes du papier même si les e-book se développent et que tu te sens de plus en plus virtuelle. Tu es toujours musique, poésie et émerveillement même si tes mots sont passés de la pierre gravée, au papyrus, au papier puis au support électronique. Je t’aime, écriture et je te déteste. Je dois sans cesse te rayer, te raturer ou revenir en arrière. Tu es rarement plénitude.
Néanmoins tu es voyage, fête de l’esprit et passion créatrice. Tu as beau nous condamner à la solitude, tu es aussi synonyme de rapprochement et de rencontre dans des ateliers, des librairies, des salons du livre. Toi, écriture, tu relies les hommes depuis ton apparition. Tu as aussi le pouvoir de les diviser. Tes mots sont des armes. Tu aimes tous les styles, tu acceptes toutes les orthographes et toutes les langues car tu es polyglotte. Tu connais bien des secrets de l’humanité, tant les grandes joies que les dépressions. Les abysses et le cafard te donnent du grain à moudre, de même que la béatitude et l’extase. Je te sais empathique. Tu vis les affects comme si tu les ressentais toi-même. Tu connais les montagnes russes de la volupté et du désarroi. On a recours à toi pour dire des horreurs, des grossièretés ou bien pire. Et tu n’y peux rien. Rien ne peut arrêter ton flot. Tu es vouée au mal par nature, et sans libre-arbitre. Cependant, tu peux dire aussi le meilleur, le charme d’un jardin ou d’une fleur, un coucher de soleil sur une plage, la complicité ou la tendresse. Je te souhaite une longue vie, car tant que tu existeras, cela signifiera que l’humanité perdurera. Un jour sans doute les hommes cesseront de s’offrir tes services, cela voudra dire qu’ils sont retournés à l’état de nature ou tout simplement qu’ils ont disparu de la planète. En attendant, je te souhaite le meilleur, l’allégresse plus que la morosité, des mots exceptionnels plus que des pleurs et surtout pas de propos discriminatoires, injurieux ou racistes. Merci de m’avoir prêté ta plume pour rédiger cette lettre. Bien à toi, Isabelle M

 Chère écriture,

Quelle joie fut pour moi la découverte de ton existence …. Si tu n’avais pas été inventée, je suppose que ma vie aurait été morne, sèche, d’une infinie tristesse. Si tu n’avais pas existé, je n’aurais pu te lire chaque soir, lovée dans quatre oreillers accueillants, chaque matin d’été devant la prairie fleurie, chaque nuit de pleine lune où le sommeil me fuyait et qu’à la lueur du lumignon tu me transportais vers des rêves éveillés ; à ces moments -là, si intenses et uniques, une sérénité s’emparait de mon esprit, je jubilais et si j’avais cru au Ciel, je l’aurais remercié d’avoir permis ton invention… Et je me remémorais l’année de mes six ans où j’avais découvert, émerveillée, la joie de lire et d’écrire !! Mais tu es bien là, présente à chaque instant, même lorsque je ne fais que penser à toi, toi si universelle tout en étant tellement multiple. Te rends-tu compte que tu marques, par ton invention, l’entrée des humains dans l’Histoire, oui, l’Histoire avec un grand « H » ! C’est exceptionnel, si beau et tellement limpide que cela est renversant quand on y pense, à ta naissance ! Je t’imagine parfois à tes débuts, où tu as permis de compter, de répartir les récoltes, mais aussi de faire payer l’impôt… Tu as été gravée sur des carapaces de tortues, des pierres tendres, des tablettes d’argile puis plus tard sur du papyrus ; depuis le Croissant Fertile où tu étais si drôle en costume de « cunéiformes » jusqu’à la Chine qui te traduisit en idéogrammes, tu conquis le monde entier, tu rayonnas grâce aux scribes qui se transmettaient de génération en génération ce savoir. Ah ! Quelle élégance dans le geste, quelle précision dans le dessin, quelle harmonie dans le travail. Nous pouvons, petits êtres humains connaître la vie de nos ancêtres, leurs croyances, les légendes et coutumes. Depuis l’Antiquité nous te suivons et t’étudions. Entrons donc dans l’Histoire : On dit parfois « Vieux comme Mathusalem », mais pour toi, Mathusalem reste un petit jeune, qu’en penses-tu ? Quant aux Dieux de l’Olympe dont tu racontes si bien les péripéties, en grec dans le texte, ce doit être pour toi une famille un rien coléreuse, où disputes, égoïsme, difformités physiques, jalousie et prétention rappellent le chaos originel ! Lorsque tu entres dans le Moyen- Age , l’Occident chrétien, par le truchement de ses moines te copient, te recopient, ornant les textes divins de fabuleuses enluminures. Tu as dû être émerveillée lorsque, au XVème siècle, Gutenberg inventant l’imprimerie, ton savoir se diffuse à la vitesse de l’éclair. Ce qui est proprement phénoménal dans ton omniprésence à nos côtés depuis des millénaires, c’est aussi et surtout, que tu as permis aux idées de s’inscrire noir sur blanc, tu as aidé à la naissance de la démocratie à Athènes, tu nous a transmis les textes des philosophes de l’Antiquité, de Diogène le cynique à Socrate ou Platon, puis dans le monde arabo musulman, les grands écrits d’Avicenne ou les cartes d’Ibn Battuta ont éclairé le monde, en médecine, géographie …Quant au XVIIIème siècle Français, les philosophes des Lumières ont éclairé le monde de leurs idées nouvelles !!! C’est incroyablement fou comme vie, d’avoir assisté à la naissance, puis à la disparition de multiples civilisations et surtout d’avoir aidé à en garder des traces, mais aussi d’avoir survolé les siècles jusqu’à ce XXIème où idées, pensées, lettres et autres écrits s’échangent à la vitesse de la Lumière à travers la planète par l’entremise d’Internet. Je crois me souvenir que dans l’espace, aux confins du système solaire, circule un exemplaire de tes écrits, voulant prouver au-delà de notre galaxie que sur Terre vivent des êtres écrivant, pensant ! Je vais te quitter sur ce délire verbal en espérant te lire bientôt. Bonne plume JoJo Hache

PS : un jour prochain, pourrais-tu me donner ton sentiment sur ceux, nombreux, qui t’ont inventée, simplifiée, codifiée ?

Ma chère compagne de toujours,

Sommes-nous déjà au bout d’un long chemin ? Car enfin, la route fut bien longue, rappelle-toi, je te confiais les spleens de ma jeunesse, aux temps lointains des joies et des épreuves, des tristesses à fleur de peau, des pleurs spontanés autant que des rires tout aussi jaillissants, comme des feux d’artifice dans le sombre d’une nuit d’été. Il en résultait des poèmes, écrits furtivement dans l’urgence des heures tardives, sur des cahiers d’écoliers à qui je confiais mes émotions du jour, mes joies ou mes peines, mes instants fugaces de bonheur comme les foutus moments de désespérances et de solitude. Je me nourrissais de cette solitude pour te retrouver, disponible, bienveillante, à m’entendre geindre ou bien à exulter. La jeunesse cherche son équilibre entre paradis et enfer, alors la page blanche que tu me tendais était mon secours, mon voyage éclairant au bout de moi-même. Ma chère page blanche, je ne te dis pas que je parvins toujours à y coucher clairement et avec talent ce qui me troublait, loin de là. Cependant, je sais que tous ces écrits me furent utiles, la passion, l’étonnement, l’éblouissement même, tout autant que les larmes, le tragique et la grisaille des jours, je me nourrissais de tout cela. Le long de ma vie, de façon régulière, je me suis retourné vers ces sillages que je laissais et qui peu à peu se perdaient dans l’océan des jours. Tu m’as aidé à y trouver des semblants de vérité, des moments grandioses, ou bien des blessures, des chagrins enfouis, des choses enfermées derrière les portes closes de ma mémoire. Y a-t-il de la vérité dans les souvenirs ? En tout cas, je recadrais à travers toi les images floues, abandonnées sous des poussières d’oubli. Et puis vinrent d’autres moments, on ne bâtit pas sur le futile, ni sur le rêve, ni la féerie. Le réel nous rattrape pour tordre notre esthétique et l’adapter à la diabolique routine des jours. Jamais je ne t’oubliais, un poème par-ci, un autre par-là, ça ne fait pas une œuvre, mais de petites lumières qui éclairent nos pas et nous permirent de rester proches l’un de l’autre. Je te savais dans l’ombre, prête a bondir à la lumière, éblouissante, tentatrice, pour raviver mon amour de toi. En attendant ce jour, j’allais sans étique, sans scrupule, parfois dans la désespérance, plein d’une rage brûlante que je jetais sur des feuilles cachées comme au fond d’un cercueil et descendues en terre pour toujours. Et puis un matin s’est levé, tout en beauté et en lumière, le destin est ainsi, tantôt sourire, tantôt grimace. J’avais l’heur de te plaire et je te retrouvais dans une nouvelle volupté, plus forte encore, celle de la création, de l’inspiration et du ravissement. Ma chère page blanche, tu m’as offert ces instants grandioses où les pages se succèdent et s’empilent et forment un livre, une fabuleuse rencontre et une brève minute d’éternité. Ne me quitte pas, donne-moi encore un peu de cette grâce. Jipaï

Écrire à une personne que je ne m’ennuie pas pendant les vacances. Les personnes aiment quand on ne les oublie pas. On leur écrit un petit mot avec un crayon. J’écris la liste de cadeaux à faire à Nathalie : restaurant, fleurs et le plaisir d’écrire Michel

Lettre à l’Ecriture, à toi qui as déraillé ces derniers temps

Ils sont prostrés en face de toi, Dame Ecriture. Tu les as tant harcelés qu’ils ne bougent plus.

Pourquoi en as-tu fait tes esclaves ? Tu leur as couvert le corps de métal. Tu les as privés de leurs parures singulières, celles qui faisaient d’eux des êtres merveilleux. Tu as pensé que tu pouvais les dépouiller de ce que tu as jugé être des déguisements mais qui avaient fini par être leur seconde peau. Ils sont là, mornes, tous ces corps argentés. Les pieds posés sur le sol rugueux, des émanations jaunes sortant par tous les pores de leur nouvelle peau métallique, emplissant l’air, l’embrouillant de particules poussiéreuses. Qu’as-tu fait de l’air léger dont ils se repaissaient auparavant ? En les enfermant dans une carapace, en imposant une symétrie absolue, tu les as tous plongés dans la communauté de l’indifférence. Tu les as insensibilisés. Regarde-les, ils ne peuvent même plus se mouvoir librement. Tu les as entravés. Tu ne leur as même pas laissé un horizon à voir. Horizon que tu leur as caché à l’aide de cette vilaine, hideuse clarté jaune. Ils sont tous comme emprisonnés dans un halo solitaire, aseptisé comme un hôpital immaculé. Certes, ils sont calmes. Leurs visages étaient beaux, peinturlurés. Tu as caché ce maquillage sous des masques présentant des traits d’individus épanouis. Leurs bouches soudées les empêchent de savourer quoi que ce soit. Ils ne peuvent émettre aucun son, pas même un sifflement. Tu as remplacé leurs yeux par des prothèses en plastique et les prunelles sont en plomb. Pourquoi leur avoir porté ce coup, leur avoir infligé cette maladie car, bien que tu le nies, s’en est une ? Ton travail n’est même pas bâclé. Tu n’en n’as pas raté un. Ils se traînent comme des cafards argentés, courbés sous le poids de leur mélancolie. Tu as procédé avec méthode, sans approximation aucune. Tu t’es surpassée. Ces affreux hères, autrefois joyeux marchent en traînant leurs lourds pieds. Tous les embellissements qu’ils avaient apportés à leurs âmes et leurs silhouettes, tous les détails fins élaborés à longueur de temps et de patience, dans l’espoir de se plaire et avec ardeur, tout ce travail de création, toute la rareté qui était apparue, tout cela, tu l’as submergé sous une coque. Mais, regarde tout de même ces larmes qui coulent le long des carapaces. N’est-ce pas un terrible ratage pour toi ? N’es-tu pas atterrée de ton œuvre destructrice ? Ce spectacle effrayant n’emplit-il pas ton cœur de douleur ? Ne peux-tu reconnaître que tu t’es trompée ? Au lieu de faire des cadeaux à ceux qui te pratiquent, tu les as plongés dans la misère. Alors, ne pourrais-tu pas imaginer un couloir dans lequel tu les ferais passer un à un… Tu leurs donnerais à contempler des mots. Tu leurs ferais déguster des phrases. Tu ôterais l’uniforme dont tu les as affublés. Tu époussetterais toutes ces poussières de soleil qui se sont accumulées sur leurs corps que tu laverais d’une eau chaude de mai. Un temps, leurs pas colleraient comme du caramel dans leur ancien état mais bientôt, leur peau collante serait lisse à nouveau. Tu leurs permettrais des recouvrer leurs forces doucement. Le couloir s’agrandirait à mesure de leur avancée. Tu paverais leur sentier de fleurs et de verdure car en ceux-ci la beauté, la symétrie sont authentiques. Tu verrais peu à peu leurs silhouettes bossues se redresser. Ils écriraient un mot par ci, un mot par-là, l’air de rien avec ce que tu leurs mettrais sous la main. Un fusain suffirait pour commencer ou bien un mot découpé dans le journal. De la carapace à la nudité, ils se mettraient à se décorer à nouveau avec les ornements variés et fabuleux. Mais pour cela, il te faut retrouver ta gentillesse car tu n’es plus aussi attentionnée qu’avant. Tu as même bien déraillé cette fois-ci, diable que tu es ! A bon entendeur, je suis à ta disposition si tu as besoin d’aide pour corriger ton erreur. Léa

L’écriture c’est bien et ça m’apprend à faire des phrases. Avec les mots, j’aime bien écrire de la joie et du bonheur. Quand il y a de l’amour pour deux, comme avec les personnages, des marionnettes qui racontent des histoires. Une fois j’ai écrit ce que je pensais de l’amour des petits. pour les autres, ceux qui écrivent des contes, des poèmes. ça fait peur de ne pas réussir à écouter l’écriture et les mots qui se mélangent et les phrases qui bougent et les mots qui chantent dans le ciel. Des Abeilles qui ont le miel et des papillons qui se reposent. J’aime quand l’écriture m’écoute. Nathalie

Écriture, ma chère complice,

Nous revoici donc face à face. Entre la pointe de mon crayon, acérée, et la blancheur de ma feuille de papier, je devine ton angoisse. Comme entre la peur d’être la victime étrillée et l’espoir d’être l’amante envoûtée.

Vais-je te cracher mes venins et mes colères ? T’accabler de mes vilaines peurs ? Ou t’émerveiller de mes chorégraphies enchantées ? Sois optimiste, chère amie, c’est l’enthousiasme qui, comme chaque lundi guide mes doigts vers toi. Tant pis pour les dépressifs, les rabougris ou les belliqueux, mais je n’ai ni horribles cataclysmes à te raconter, ni obscurs sanglots à te déverser, ni violentes aigreurs à faire exploser. Non, je viens ici en toute amitié et bienveillance, attiré par le plaisir de te rencontrer. Pour faire chanter la clarté des mots, dans l’accord parfait du chœur de mes « sœurs et frères d’encre », eux aussi amoureux de l’esthétisme littéraire, et aujourd’hui épistolaire. Puisque Catherine, cette fois, nous demande de t’écrire à toi, ma chère écriture. M’en plaindrais-je ? Pourtant, c’est vrai, j’ai plutôt envie de danser en chantant les lettres, et avec toi faire la fête  : je t’invite à danser. Déjà je vois mon texte s’élancer et ta jolie silhouette virevolter. Vais-je savoir refréner nos ardeurs, rester dans le rythme du « pas de deux » qui nous guide ? Ou vais je succomber à la valse de nos envoûtements ? Dès tous petits, nous nous sommes chuchotés nos complicités naissantes. Au printemps des arbres en fleurs, nous avons grandi ensemble dans l’émotion de nos émerveillements. Puis l’âge adulte de nos échanges a bien souvent apaisé nos malheurs, nos tristesses, les vides mornes et la laideur des silences. Maintenant que les couleurs mordorées de la forêt automnale éblouissent notre chemin, veux-tu devenir mon amante ? ….Puisque l’harmonie de nos désirs nourrit notre somptueuse attirance ! Plus que jamais dansons nos mots jusqu’à l’envoûtante extase. Je te réserverai mes plus joyeux moments. Merci, ma chère. Tu es superbe ! Yves

Chère amie,

Voilà bien longtemps que j’exprime ma pensée au moyen de tes signes convenus, appris dès ma petite enfance sur une ardoise et tracés à la craie. A cette époque, je trempais mon porte-plume dans l’encrier, arrosant maladroitement les lignes du cahier d’un bouquet d’encre violette. Je rêvais de te maîtriser comme un moine qui calligraphie d’un geste sûr les signes les plus ardus.
Tu as été ma gymnastique des pleins et des déliés, style d’écriture de nos aînés dans les familles.
Que j’aimais cette danse sur les lignes, les arabesques comme des notes de musique sur une portée. D’ailleurs, n’es-tu pas une musique ? C’était une aventure que ce voyage où tu nous menais. Tu me fascinais. Aujourd’hui, ce côté merveilleux s’est éteint. Je t’écris ma tristesse du temps qui passe avec un stylo bille. Pour autant mon style est-il moins lyrique ou poétique ? Me trouves-tu moins exaltante et enthousiaste parce que l’outil a changé ? Non, bien sûr, tu te moques bien de l’outil. Les lettres alignées comme un chapelet formant tes mots et qui courent avec bonheur sur le papier, ne s’éteindront pas. Les sentiments personnels, les émotions dont on lève le voile, seront toujours aussi criants de vérité. Pour ma part, je te dois d’avoir lavé mon cœur de ses souffrances. Je te dois d’avoir libéré ma tristesse sur une nappe en papier dans un bistrot parisien. Je te dois toutes mes lectures de romans écrite par les plus grands. Je te dois mes connaissances acquises et à venir, car de toi, il n’y aura jamais d’abandon. Que ce soit sur un livre à reliure dorée ou sur un quotidien, tu nous racontes le bien et le moins bien : les attentats, la misère, le chômage, les accidents, mais aussi l’amour.
La vieillesse m’empêchera un jour de t’écrire, mais la toute dernière lettre sera pour toi, à l’heure de ma perte. Les jeunes générations taperont sur le clavier de leur ordinateur et d’un geste souple, jetteront à la corbeille, le stylo avec lequel je t’écris aujourd’hui, devenu inutile. Peu importe, tu vivras encore des siècles sous une autre forme. Remercie tes ancêtres phéniciens pour la création de l’alphabet sans lequel tu n’existerais pas. A demain NR

Madame l’Écriture,

Installée confortablement devant mon bureau blanc, peint et repeint de petites fleurs et de petits papillons, je prends ma plus jolie plume pour vous écrire cette lettre. En effet, depuis que j’ai emménagé dans ce nouveau cocon en bord de mer, le même rêve revient régulièrement m’habiter, me plongeant dans un profond désespoir ; si seulement cela s’était limité à une tristesse accompagnée de vide et de lassitude. Ce rêve étrange, sordide et violent, paraît en périodes de doute et de désenchantement, me réveillant avec sursaut et sueurs froides, comme si un étranger pénétrait ma douce maison pour tenter de m’assassiner en m’étouffant sous un oreiller noir. Les palpitations accélérées de mon cœur occultaient les songes précédents où veaux, vaches, cochons paissaient tranquillement dans la verte pâture au coucher du soleil. Si vous le permettez, laissez-moi vous conter cet horrible cauchemar. Dans notre jardinet orné de rosiers odorants, la famille est réunie autour de la vieille balançoire, grinçant d’avant en arrière, sous les rires des jeunes enfants et les miaulements du vieil Oscar. Autour des verres remplis de boissons gaies et plaisantes, des cœurs s’enlacent, des corps se prélassent et le chœur des oiseaux se lasse. Lorsque, soudainement, une créature naine surgit d’un chaos cataclysmique : aucune silhouette élégante, non aucune, mais un regard vitreux et un visage verruqueux, des moignons de bras aux mêmes tons que ses vieux sabots de bois usés dans les marécages malfamés. Le démon sordide se vante d’avoir commis le pire des crimes. Par jalousie, colère ou cynisme, idiotie ou simple ignorance, il déclame d’une voix rauque avoir volé toutes les lettres. Oui, vous m’avez bien lue. Ce monstre subtilise toutes les lettres qu’il rencontre. 26 larcins à son actif. Plus de A, ni de B, ni de C. Encore moins le E, le O ou le Q. Comment gagner des points au Scrabble sans le K, le W ou le X qui rapportent tant de points ? Comment, en bas de missive, réparer un oubli de dernière minute si le P et le S sont volatilisés ? Où peuvent travailler les cheminots en l’absence de S.N.C.F. et de R.A.T.P .? Orphelins. Nous devenons tous peu à peu orphelins de notre propre langue. Les jeunes enfants en culottes courtes ne peuvent aligner les B et les A, ni les B-A-BA. Les jeunes ados ne peuvent plus prétendre aux C.A.P., B.E.P., B.T.S., D.U.T. – à leur grande joie, croyez-en Madame, cette catastrophe ne les ternit point. Toutefois, que glisser sous leurs doigts si SLT*, JTDR** et MDR*** ne sont plus là ? Pendant ce temps, les mathématiciens recherchent à longueur de journée les abscisses et les ordonnées, x, y et z ayant pris un envol parabolique. Les géographes constatent que, sans A, Paris est pris. Les chimistes ne savent que faire d’un tableau vide d’éléments. De l’or qui ne vaut rien, du plomb qui se prend un L, un gaz part et le Rhô revient. En effet, l’alphabet grec a échappé de peu à ce malheur. Peut-être s’est-il caché derrière une botte italienne ou un cheval de bois ? Alpha, bêta et gamma se réjouissent de revenir sur le devant de la scène, avec leurs allures esthétiques et joliment chorégraphiées, comme une mise en beauté avant une danse enchantée. N’est-elle pas revenue, cette guerre entre langues mortes et vivantes ? Dans cette ruine qu’est l’appauvrissement de notre langue, pouvons-nous espérer que de nouvelles icônes plaisantes puissent donner naissance seulement à des sourires jaunes et généreux, alors que phrases limpides, harmonie des textes et plaisir d’un idéal linguistique trépignent d’impatience ?Lorsque je suis victime de ces horribles pensées, je me réveille sans voix, seulement avec des points de suspension. Je m’en remets à vous, à l’ensemble de vos connaissances, pour éclairer ma lanterne et me guider vers le chemin de la sérénité partagée. Recevez, Madame l’Écriture, l’expression graphique de mes salutations littéraires. Signé : Madame X (Pascale B)

* SLT : salut ** JTDR : je t’adore ***MDR : mort de rire

Ma chère écriture,

Si seulement dans ton vocabulaire des mots tels que la maladie, le deuil, le trouble, le syndrome, la jalousie, la manipulation et j’en passe, il y en a tant dans ce registre là aurait pu ne jamais être inventé, nous aurions connu moins de désarrois, de pleur, d’éloignement, d’agressivité et d’insomnie . Certainement moins de solitude, de fatigue voir même moins de lassitude face à cette morosité du malheur qui créer tant de chagrin et de désespoir, c’est comme si le mauvais sort s’acharnait dans cette jungle urbaine où il y a tant de ces mots rempli de méchanceté, de mépris, et de grossièreté. Nous courrons à la catastrophe, loin de moi cette idée d’être pessimiste mais si l’immaturité de ce vocabulaire obscure et objecte pouvait être balayé par un ouragan d’une brutalité perverse, cela ne serait points accident cauchemardesque bien au contraire, le deuil de ces mots nous sortirait de cette dépression, nous les mettrions tous dans une tombe et cela dissiperait ce trouble discordieux.Nous n’aurions plus d’ennemis et c’est sans parler de l’isolement dans lequel la froideur de ces mots nous condamne à l’inaction, non sérieusement, la mort de ces mots serait vraiment une bénédiction merveilleuse. Nous sortirions enfin de ce chemin creux pour faire place à l’amabilité, la politesse ce serait une renaissance exceptionnelle. La joie, la passion feraient son entrée dans un jardin de douceur, où l’arôme des fleurs d’un volupté d’amour nous unirait tous, pour que les enfants les amies et la famille puisse profiter de cette paix retrouvé autour d’un apéro géant et joyeux sous la lumière solaire. Ce serait comme une fête extraordinaire. Je suis persuadée que ces mots ne sont pas un rêve et s’ils le sont alors de part mon imagination je serai les créer. Ce désir de partage et de rapprochement me pousserait à la créativité, ce serait un plaisir, non une extase, une folie pleine de charme et d’ allégresse …

Maladie mortelle

Immaturité du deuil

Solitude obscure                                      Sarah

Écriture…

Aujourd’hui, c’est avec une certaine tristesse -non, une tristesse certaine- que je t’écris.

Pourquoi, mais pourquoi me suis-je laissée envoûter par toi ? Au commencement, j’ai trouvé avec toi le chemin de la liberté, pas à pas, j’ai lâché mes mots. J’ai parlé d’amour, d’amitié, de haine ou de colère. En fait tu libérais en moi des sentiments enfouis, indicibles, ou lumineux, éclatants comme autant de bulles de savon, de papillons légers et multicolores. Ca venait tout seul, plus tu me tenais la main, plus le flot s’écoulait, et plus je m’allégeais, le cœur battant, plein de soleil et de joie. j’ai pu inventer des mondes et m’y perdre, dire ma vérité, mes vérités, mes désirs les plus fous, parfois à voix haute, parfois en me cachant derrière un héros imaginaire, un poème abstrait ou suffisamment énigmatique pour me mettre à nu tout en me protégeant. J’ai osé mes colères, mes noirceurs, mes amertumes et mes désirs tordus et honteux, mes monstres secrets. Oui, tu m’as permis aussi ça. L’air de rien, j’ai pu libérer mes phantasmes et mes parts d’ombre, en me cachant derrière des mots, des images, des inventions abracadabrantes pour donner le change. Oui, parfois, tu m’as servi de paravent ou de masque pour avancer cachée. Mais la plupart des cas, tu m’as aidée à grandir, j’ai rimé chanté dansé sur ta musique. J’ai ri, beaucoup, et fait rire aussi, toute à mon enthousiasme, à mon plaisir de dire, d’inventer, de partager, j’ai senti ma pensée s’éclaircir. Dans ces moments, tout devient limpide, les mots coulent avec bonheur et justesse, c’est un émerveillement. J’ai pu dire aussi mes tristesses, mes sanglots, mes deuils, mais aussi mes petits plaisirs, mes rêves, des petits riens qui vous nourrissent. Apaisée, j’ai pu sourire et, avec une économie sublime, poser un haïku parfait sur mon cahier, aussi léger qu’une fleur de cerisier, aussi profond qu’un lac de montagne. Et puis, aujourd’hui, tu m’as abandonnée ! Ou bien est ce moi qui t’ai abandonnée ?Je suis sèche, froide, rabougrie. Les mots me fuient, je ne comprends pas. Je désespère en contemplant mon vide, mon silence. Je n’ai plus rien a dire, et si j’ose écrire, je m’attache à l’orthographe pour éviter de contempler mes ruines, mes immeubles fantômes, mon désenchantement. Une chose, pourtant : t’écrire me fait du bien. Ca restera entre nous, juste toi et moi. Tu me lis avec bienveillance, et ça m’apaise. Tu souris et tu distille un mot, 2 mots, 10 mots, et c’est le début d’un renouveau, un éclair de gaité, un rayon de lumière, et je repars, j’ai encore faim ! Un pas après l’autre, un ciel étoilé, le sourire d’un enfant, ou la douleur d’un deuil. Il me reste tant de choses à dire ! Sol

Chère compagne de souvenir et d’avenir ;

Je me suis décidée à t’écrire cette lettre alors que je regardais avec plaisir un sourire au lèvres, ce merveilleux coucher de soleil sur la baie d’ Halong. Je dois t’avouer que depuis quelques jours, je mesurais l’horrible désespoir qui t’envahissait quand tu observais consternée, le peu d’entrain qui m’animait de plus en plus souvent face à ma page qui restait désespérément blanche. Au commencement, j’ai aimé écrire en musique. Je m’installais, à la vieille table patinée qui me venait de ma grand-mère. Je l’avais placée devant la fenêtre de la pièce d’où je découvrais un magnifique paysage. J’écoutais en sourdine, le plus souvent Mozart dont je ne me lassais pas. Très vite, le chant des oiseaux, les feuilles qui bruissaient dans le grand chêne, la lumière du soleil à travers les branches m’éblouissaient tellement que je laissais tomber mon crayon. C‘était à chaque fois une douce rêverie qui m’envahissait. Lorsque que je décidais de m’installer dos à la fenêtre, ce fut un rire d’enfant, le petit Louis qui me sortit de ma léthargie. Je me réveillais comme d’un rêve, enfin décidée à t’écrire la première des nombreuses lettres que je t’ai envoyées depuis. Je voulais partager avec toi tous ces mots et ces idées qui se bousculaient dans ma tête. C’était un chaos indescriptible. Comment décrire la haine, la jalousie le cynisme qui nous entourent. Comment exprimer l’amour, l’émerveillement, le désir qui m’animent de continuer à penser à toi et de partager l’émotion de créer une histoire. Une histoire qui pourrait être extraordinaire, gaie ou triste, pleine de surprises et d’aventures. On y côtoierait, les grands passions, les catastrophes du moment, les morts et les vivants, les bons et les méchants, les diables et les anges, l’humour et le sérieux, la tristesse et la gaîté. La chaleur d’être réunie, d’être heureux quand tout redevient magique et que d’un coup de crayon, je bouleverse les événements qui éclatent comme des bulles de savon dans la joie le rire et le bonheur. Je ne sais pas pourquoi il me revient en mémoire ce tremblement de terre que nous avons vécu ensemble. Je lisais paisiblement au bord de la mer qui scintillait sous un soleil rasant, le ciel était lumineux .Ce fut un cataclysme, un tsunami qui me conduit à un mal être, un désintérêt de tout. Avec patience tu m’as redonné l’enthousiasme et la vitalité nécessaire pour tout reconstruire. J’ai pu raconter le désespoir, la détresse, les cris et les visages hideux déformés par la peur. La sérénité retrouvée quand le silence et le calme sont revenus. Ma main s’envolait sur la feuille. Tu te souviens bien sur de l’intensité de la frayeur que nous avons éprouvée quand nous avons reconnu les pleurs puis les sanglots de l’enfant. C’était Louis qui était tombé dans la crevasse. Il était vivant, son désespoir et ses hurlements nous ont finalement soulagés. Je pourrais continuer à t‘écrire ces moments intenses que nous avons vécus ensemble . Ils me font chaud au cœur. Je ne voudrais pas devenir orphelin abandonné par cette incroyable complicité. Je veux continuer à explorer l’infini multitude des émotions, des sentiments et des aventures qui nous enflamment, nous enthousiasment, nous épouvantent, nous effrayent, nous séduisent, nous charment et nous enchantent tout à la fois.C’est avec une infinie tendresse que je termine ces mots apaisés, je sais que tu sauras m’insuffler la générosité, l’imagination, le courage et l’enthousiasme pour poursuivre notre histoire .exceptionnelle. Viviane

Tu me séduis, Écriture, c’est une attirance, un défi. Elle peut être drôle aussi l’écriture , elle peut se moquer, elle peut juger, elle est simple, elle est le propre de l’homme, elle peut être heureuse. On peut écrire sur les femmes. Elle peut faire mal l’écriture, raconter des horreurs. Ça peut être très violent l’écriture et on écrit comme ça, par plaisir, le plaisir de raconter des contes. Ça fait mal l’écriture de se voir en face à face à l’écriture. Mais ça fait du bien l’écriture, ça fait du bien de vider ses tripes naturellement comme s’il fallait saigner, saigner jusqu’à la mort et que la mort nous emporte, que la vie nous saigne. C’est peut-être vide ces vies ? Peut-être, mais la vie c’est l’écriture. Elles se ressemblent tellement l’écriture et la vie, et la vie c’est sanglant, même les dieux ne valent pas l‘écriture , elle est leur secret , leur espoir, leur avenir. Ils tremblent devant l’écriture . Elle est universelle même dans mille ans on écrira sur nous les assassins et sur eux, les futurs enfants torturés par l’air et la radioactivité . C’est la fin. J’espère que certaines races survivront. Manu

A l’Ecriture

C’est un moment magnifique de prendre une plume, une feuille blanche, et d’y coucher des mots simples ou fantastiques pour former un texte extraordinaire, touchant ou diabolique, cela grâce à toi, chère Ecriture, tu me permets d’avoir des sentiments de joie, d’étonnement lorsqu’un poème nait sous ma plume. Tu me soulages aussi, car tu me permets à travers les mots d’exorciser mes troubles, tu es source de réconciliation car par toi les relations abîmées expriment le pardon, l’amitié. Grâce à l’écriture, les situations de deuil sont adoucies, quelques mots de condoléances réchauffent les cœurs blessés, tu triomphes surtout dans les déclarations amoureuses, les mots doux, les qualificatifs merveilleux et tendres font que ces messages sont lus et relus avec émotion et fébrilité. Tu aides à combattre l’ennui car ta pratique enlève les angoisses, provoque volupté et bonheur. L’esthétique d’une écriture calligraphiée m’invite à t’admirer, à me pencher sur la profondeur du texte, à le décortiquer pour mieux le savourer. Je te le dis tu es pour moi un art fabuleux, riche de surprises, de curiosités, de plaisir qui met de la lumière dans ma vie, je compte te pratiquer longtemps avec passion et honnêteté. Je te donne rendez-vous pour des moments magiques. Marie-Pierre B

Lettre à l’Ecriture

Madame,

Vous que j’aime à en passer des nuits entières à espérer une illumination, je vous remercie d’être ce que vous êtes lorsque je vous lis : une compagne rayonnante, lumineuse qui chasse l’ennui et le désespoir, qui ensoleille mes jours de grisaille, qui me fait faire des bonds dans le temps et retrouver ainsi ma jeunesse sans plus penser à la vieillesse, ni à la mort ; vous n’êtes qu’espoir et émerveillement. Vous accompagnez mes jours quand je vous lis mais que dire de Vous lorsque vous faites surgir les mots de moi !!! Là vous êtes la fée bienfaitrice qui me donne le bonheur absolu de me sentir vivante et créatrice. Je vous remercie de me faire aimer les mots avec lesquels je joue et qui me permettent de chasser le vide qui parfois m’envahit, vous me permettez de fixer sur le papier des pensées fugitives, d’écrire des poèmes d’amour à ceux que j’aime, poèmes que je garde parfois pour moi et que je relis comme on regarde un album de photos avec émerveillement devant ce que j’ai pu écrire. Comment vous glorifier, vous signifier fortement que par vous le paradis est proche ? …. En continuant à écrire certes, aussi je vous demande de venir me hanter toujours et toujours, de me surprendre encore et encore, de m’inspirer, d’être ma muse afin que ne se tarisse ce plaisir et que le blanc de la feuille ne me fasse pas voir la vie en noir. Ecartez de moi les fadaises et les enluminures, gardez-moi dans la ligne pure de l’honnêteté, de la beauté et de l’éthique. Merci Hélène B.

Chère amie,

Très chère amie, devrai-je dire, je vous écris d’un endroit magnifique où la féerie d’un rayon de soleil touchant la vague qui danse avant de jaillir en un feu d’artifice d’ écume éclatante de blancheur, la pare de ses magnifiques verts et bleus qui enchantent le regard. Je suis là depuis des heures, allant de surprise en surprise dans ce lieu paradisiaque propice à l’inspiration, à la création. Je suis tombée en amour pour cette île du bout du monde aux illuminations naturelles quand l’astre du jour descend dans l’océan transformant le ciel en un spectacle grandiose et fantastique où quelques nuages charmants ajoutent à la magie du moment, se glissant dans des formes fantasmagoriques. Quelle harmonie avec ces roches épousant les formes du vivant et se prêtant au fabuleux bonheur du promeneur d’imaginer quelque dieu grec venu s’échouer là pour l’étonnement du voyageur. Comment ne pas sourire dans ce théâtre exceptionnel, où les personnages de pierre ensoleillés d’ocre au couchant, splendides dans leur immobilité, semblent prêts de saluer avant de sortir de scène. Voilà chère amie que je remercie de me donner les mots qui me permettent de vous décrire toutes ces merveilles avec la passion qui m’habite. Bien sûr nous sommes à la fin de l’été et tout ceci est épatant et j’engrange des guirlandes de souvenirs pour tenir à la mauvaise saison. Voyez-vous quand on se trouve dans l’incapacité de sortir, que les éléments sont si déchaînés qu’on attend que le drame survienne, qu’on vit dans l’angoisse, que les journées s’écoulent dans la désespérance accentuée par la grisaille qui habille tout, enveloppant jusqu’aux sons qu’elle assourdit, la vie devient si fade qu’on sombre dans l’ennui puis le chagrin. Pas de pleurs, mais la douleur est là, mortelle et noire. Dehors c’est l’enfer et la catastrophe est attendue. Les épaules s’affaissent tant l’air est pesant. C’est l’épreuve des jours noirs où l’on désespère de revoir la lumière qui nous manque tant.Voilà pourquoi je me gave de ces beautés que je vous ai décrites plus haut, beautés qui seront mon arc en ciel pour passer l’hiver. Je vous quitte pour aujourd’hui très chère amie, et viendrai encore vous confier mon âme à l’occasion. Votre dévouée PJ

 

Lettre à l’écriture©

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